- Mais tu m'énerves avec ton enthousiasme, tu vois toujours le bon côté des choses, moi j'ai pas de bon côté, c'est ça que t'as pas saisi, je veux être seule, rien attendre, rien espérer, dormir fumer des clopes manger hiberner, ne pas penser, ne pas réfléchir, laver par terre avec des lingettes Cif, jouer à Dinosaurland sur mon ordinateur, lire des vieux Elle, des vieux 20 ans, des romans que je connais par c½ur, souligner toujours les même phrases, regarder la télé, boire du lait, manger du pain trempé de thé et danser, danser toute seule parce que devant les autres je peux pas, c'est comme une partouze, c'est répugnant, ne pas pleurer, ne pas rire, me faire masser, être caressée, sans réciprocité, inerte, le plus inerte possible sous les doigts de la masseuse que je paie pour cet abandon-là, ronronner, m'endormir !
- C'est ça. Comme tes chats, quoi. Formidable !- Oui, formidable je suis un chat formidable ! Je t'ai déjà dit que ma mère me tenait en laisse ? C'était la mode, un lien autour de la taille, elle me ramenait à elle pour traverser la rue, ça choquait les bourgeois, elle m'habillait en noir, les gens l'insultaient, c'était génial.
- Arrête Louise, t'es pas drôle maintenant.- Je sais que je suis pas drôle, je te quitte.
- Non, tu ne me quittes pas.- Si.
- Non. Je t'aime.- C'est nul de dire ça, c'est la phrase la plus bête du monde. Moi je ne t'aime pas, je ne t'aimerai jamais, je n'aimerai plus jamais personne.
- Il t'a bousillée, Adrien- Ça ne te regarde pas.
- Ça me regarde. Parce que je t'aime.- Non tu ne m'aimes pas, je ne veux pas que tu m'aimes, j'ai le c½ur tout sec, moi, tout rassis.
- Je vais l'arroser, ton c½ur. Je vais l'arroser, tu vas voir. Viens, viens près de moi, là, voilà...